Mobilité d’entreprise : au-delà de l’électrique, vers l’intermodalité

L’électrification des flottes d’entreprise est en marche, propulsée par un cadre fiscal et réglementaire de plus en plus incitatif. Si le remplacement des véhicules thermiques par leurs équivalents électriques constitue une étape cruciale, il ne représente cependant que la première marche d’une transformation bien plus profonde. Pour les entreprises de demain, la véritable performance environnementale, économique et sociale réside dans le passage d’une logique de simple substitution de véhicules à une stratégie de mobilité intégrée et intermodale.
Cette approche holistique, qui combine intelligemment le véhicule électrique avec la mobilité active, le covoiturage et le télétravail, ne se contente pas de verdir les flottes ; elle repense les déplacements dans leur globalité, réduit la pression sur les infrastructures et transforme le bâtiment d’entreprise en un véritable hub de mobilité durable.
Infrastructure de mobilité durable intégrée à un bâtiment d'entreprise moderne

Les limites d’une stratégie « tout à l’électrique »

La transition vers le véhicule électrique (VE) est un levier de décarbonation incontestable. En Wallonie, bien que les véhicules électrifiés ne représentaient que 2,8% du parc automobile en 2023, ils constituaient déjà 18,5% des nouvelles immatriculations, une tendance qui s’accélère avec les réformes fiscales. Cependant, une stratégie qui se limiterait à remplacer chaque voiture thermique par une voiture électrique se heurterait rapidement à des limites structurelles.
Premièrement, elle ne résout pas le problème de la congestion routière. Une file de voitures électriques reste une file. Deuxièmement, elle exerce une pression considérable sur le réseau électrique, nécessitant des investissements importants et une gestion intelligente de la charge pour éviter les pics de consommation. Enfin, si elle élimine les émissions à l’échappement, l’empreinte carbone de la fabrication des batteries et de la production de l’électricité (selon le mix énergétique) n’est pas nulle. L’enjeu est donc moins de remplacer un parc que de réduire le nombre de véhicules en circulation et d’optimiser chaque déplacement.

Les quatre piliers d’une mobilité d’entreprise intermodale

Une stratégie de mobilité performante repose sur la combinaison de plusieurs solutions, orchestrée par le Plan de Mobilité d’Entreprise (PDE), un outil de diagnostic et de planification devenu obligatoire pour les entreprises de plus de 100 travailleurs sur un même site en Belgique.

1. Le véhicule électrique, socle de la flotte partagée

Le VE reste la pierre angulaire pour les trajets ne pouvant être effectués autrement. La fiscalité belge, qui rendra les voitures de société 100% électriques quasi incontournables à partir de 2026, en fait le choix par défaut. L’optimisation réside dans son usage : plutôt qu’un véhicule attribué par personne, le VE s’intègre parfaitement dans une logique de pool de véhicules partagés, réservables à la demande, réduisant ainsi la taille globale de la flotte nécessaire.

2. La mobilité active : le vélo, champion de l’efficacité

Pour les trajets courts et moyens, le vélo est imbattable. Une étude de l’ADEME (l’Agence de la transition écologique en France) a démontré le potentiel massif de réduction des émissions lié aux mobilités actives . Au-delà des bénéfices environnementaux, le vélo améliore la santé et le bien-être des collaborateurs et réduit l’absentéisme. Le succès de son adoption repose sur deux facteurs clés :
Incitations financières : L’indemnité vélo et l’intégration du vélo dans le budget mobilité sont des leviers puissants.
Infrastructures de qualité : L’entreprise a un rôle crucial à jouer en offrant des parkings vélos sécurisés, des vestiaires avec douches et des casiers. Ces aménagements deviennent d’ailleurs un critère de plus en plus important dans la performance globale d’un bâtiment.
Installations modernes pour vélos dans un bureau

3. La mobilité partagée : le covoiturage, une évidence économique et sociale

Alors que la majorité des trajets domicile-travail se font encore en autosolisme, le covoiturage représente un gisement d’optimisation considérable. Partager un véhicule pour un même trajet permet de diviser quasi par deux les émissions de CO2, tout en réduisant les coûts pour les collaborateurs et la demande en places de stationnement sur le site de l’entreprise. Des plateformes numériques dédiées facilitent aujourd’hui la mise en relation des collègues, et l’entreprise peut encourager cette pratique via son plan de mobilité, en réservant par exemple des places de parking préférentielles aux covoitureurs.
Collègues en covoiturage dans un véhicule électrique

4. La mobilité évitée : le télétravail, un levier structurel

Le moyen de transport le moins polluant est celui que l’on n’utilise pas. Le télétravail, massivement adopté durant la crise sanitaire, est devenu un outil structurel de la mobilité d’entreprise. Selon une étude du CRÉDOC, une seule journée de télétravail par semaine permet d’économiser en moyenne 4,6 kg de CO2 par salarié, simplement en supprimant le trajet domicile-travail . En réduisant la fréquence des déplacements obligatoires, le télétravail désengorge les routes et diminue la pression sur les transports en commun aux heures de pointe.
Visualisation de l'impact du télétravail sur la réduction des émissions

Le cadre légal : du budget mobilité à l’impact PEB

Loin d’être une contrainte, le cadre réglementaire wallon et belge pousse les entreprises vers cette vision intégrée.
Le budget mobilité fédéral, qui deviendra obligatoire en 2027 pour les grandes entreprises offrant des voitures de société, est conçu pour encourager l’intermodalité. Son système à trois piliers permet au travailleur d’échanger sa voiture de société contre un budget à répartir entre un véhicule plus écologique (pilier 1), des modes de transport durables comme les transports en commun ou le vélo (pilier 2), ou un solde versé en cash (pilier 3).
Parallèlement, la réglementation sur la Performance Énergétique des Bâtiments (PEB) en Wallonie intègre désormais la mobilité. À partir du 1er janvier 2026, les bâtiments non-résidentiels neufs ou lourdement rénovés devront non seulement prévoir des bornes de recharge, mais aussi l’infrastructure de raccordement (gaines techniques) pour un emplacement de stationnement sur cinq . Le bâtiment n’est plus une entité passive ; il devient un hub de services de mobilité, dont la performance est aussi évaluée sur sa capacité à accueillir et à gérer les flux de transport durable.

Ne pas oublier le transport de marchandises

La réflexion sur la mobilité d’entreprise ne peut ignorer le transport de marchandises, qui représente une part significative des émissions. Le transport routier est à l’origine de 94% des émissions de gaz à effet de serre du secteur des transports. Pour la logistique du dernier kilomètre en milieu urbain, des solutions innovantes et décarbonées émergent. Le vélo-cargo électrique s’impose comme une alternative crédible et efficace aux camionnettes traditionnelles, réduisant à la fois les émissions, la congestion et les nuisances sonores. Des entreprises de logistique démontrent déjà que l’optimisation des tournées grâce à l’intelligence artificielle, combinée à l’usage de vélos-cargos, peut réduire les émissions de ce segment jusqu’à 25% .
Livraison du dernier kilomètre par vélo-cargo électrique en milieu urbain

Conclusion : une opportunité stratégique

Adopter une stratégie de mobilité intermodale n’est plus une option, mais une nécessité stratégique. C’est passer d’une politique centrée sur le véhicule à une approche centrée sur l’utilisateur et l’efficacité de chaque déplacement. Pour l’entreprise, les bénéfices sont multiples : réduction de l’empreinte carbone, optimisation des coûts, amélioration de l’attractivité en tant qu’employeur, promotion du bien-être des salariés et valorisation de son patrimoine immobilier. En intégrant la mobilité comme une composante essentielle de sa stratégie RSE et de sa gestion immobilière, l’entreprise devient un acteur clé d’une transition écologique juste et efficace.