Le budget mobilité en Wallonie : vers une obligation pour les entreprises dès 2027

Mobilité multimodale durable dans une ville wallonne : vélo, bus électrique, piéton et autopartage cohabitent dans un environnement urbain repensé.
Mobilité multimodale durable dans une ville wallonne : vélo, bus électrique, piéton et autopartage cohabitent dans un environnement urbain repensé.
La mobilité d’entreprise connaît une transformation majeure en Belgique. Alors que la voiture de société reste un avantage extralégal très prisé, le législateur encourage activement la transition vers des alternatives plus durables. Le budget mobilité, instauré en 2019, permet aux travailleurs bénéficiant d’une voiture de société de l’échanger contre une enveloppe financière dédiée à des solutions de déplacement plus respectueuses de l’environnement. Si cette mesure reposait jusqu’à présent sur une démarche volontaire, l’horizon 2027 marquera un tournant décisif avec l’introduction d’une obligation pour de nombreuses entreprises, particulièrement en Wallonie où plus de 28 000 structures seront concernées.
Dans le cadre des objectifs climatiques et de la stratégie régionale de mobilité, il devient prioritaire de repenser nos habitudes de déplacement. Comment les entreprises wallonnes peuvent-elles anticiper cette obligation ? Quelles sont les solutions concrètes offertes par ce dispositif ? Nous vous proposons une analyse détaillée de cette évolution réglementaire et de ses implications pratiques.

Un changement de paradigme pour la mobilité d’entreprise

Face aux enjeux environnementaux et à la congestion croissante des réseaux routiers, le modèle traditionnel de la voiture de société montre ses limites. En Belgique, environ 15 % des salariés disposent d’un véhicule de fonction, ce qui représente un parc de plus de 625 000 véhicules . Le budget mobilité a été conçu pour offrir une alternative flexible, permettant à chaque travailleur de devenir acteur de sa propre mobilité durable .
Le principe est simple : l’employeur calcule le coût annuel brut total (TCO – Total Cost of Ownership) de la voiture de société à laquelle le travailleur a droit. Ce montant, qui doit être compris entre 3 164 euros et 16 875 euros par an, constitue le budget mobilité que l’employé pourra répartir selon ses besoins réels.
L’adoption de ce système progresse de manière significative. En 2024, plus de 18 500 salariés belges en ont bénéficié. Bien que la Wallonie affiche un taux d’adoption encore timide par rapport à Bruxelles, la dynamique est lancée : le nombre d’entreprises proposant ce budget a augmenté de 31 % en un an au niveau national .

Les trois piliers du budget mobilité

La force du budget mobilité réside dans sa flexibilité, structurée autour de trois piliers distincts que le travailleur peut combiner librement .
Les trois piliers du budget mobilité en Belgique
Les trois piliers du budget mobilité : véhicule écologique, mobilité durable et logement, solde en espèces.
Le premier pilier concerne la mise à disposition d’une voiture de société plus respectueuse de l’environnement. Depuis 2026, les conditions se sont durcies pour s’aligner sur les objectifs climatiques : seules les voitures 100 % électriques, sans aucune émission de CO2, sont désormais éligibles dans ce pilier .
Le deuxième pilier, qui connaît la plus forte croissance de popularité (+22 % en un an) , englobe les modes de déplacement durables et les frais de logement. Il permet de financer :
  La mobilité douce : achat, leasing, entretien et équipement de vélos, trottinettes ou gyropodes.
  Les transports en commun : abonnements et tickets, y compris pour les trajets internationaux en train.
  La mobilité partagée : solutions d’autopartage et de covoiturage.
  Le logement : les loyers ou les intérêts et amortissements de crédits hypothécaires, à condition que le domicile soit situé dans un rayon de 10 kilomètres du lieu de travail habituel.
Le troisième pilier consiste en un versement en espèces. Si le travailleur n’a pas épuisé son budget via les deux premiers piliers, le solde lui est versé une fois par an. Ce montant est soumis à une cotisation spéciale de 38,07 % destinée à la sécurité sociale, mais reste exonéré d’impôt sur le revenu .

Une obligation progressive à partir de 2027

L’accord du gouvernement fédéral prévoit de rendre le budget mobilité obligatoire, marquant ainsi la fin de la période de transition volontaire. Cette obligation s’appliquera de manière échelonnée selon la taille de l’entreprise, à condition que celle-ci mette déjà des voitures de société à disposition de ses employés depuis au moins 36 mois .
Taille de l’entreprise
Date d’entrée en vigueur de l’obligation
Plus de 50 travailleurs
1er janvier 2027
De 15 à 50 travailleurs
1er janvier 2028
Moins de 15 travailleurs
Pas d’obligation prévue
En Wallonie, cette mesure impactera directement le tissu économique local. On estime que 8 300 grandes entreprises devront s’y conformer dès 2027, suivies par près de 20 000 PME l’année suivante . Il est donc crucial pour les gestionnaires des ressources humaines et les responsables de flotte d’anticiper cette échéance, car la mise en place administrative et technique d’un tel système requiert une préparation minutieuse.

La Wallonie en transition : l’accompagnement des entreprises

La mise en œuvre du budget mobilité s’inscrit parfaitement dans la vision FAST 2030 adoptée par le Gouvernement wallon, qui vise notamment à réduire les émissions de gaz à effet de serre et à augmenter significativement la part modale du vélo et des transports en commun.
Cependant, l’instauration de ce budget ne doit pas se limiter à une simple démarche administrative. Pour qu’il soit réellement adopté par les travailleurs, l’entreprise doit créer un environnement favorable. C’est ici qu’interviennent des structures d’accompagnement comme la Cellule Mobilité d’AKT for Wallonia.
Infrastructure vélo sécurisée dans un bâtiment d'entreprise moderne
Le vélo en entreprise nécessite des infrastructures adaptées : parkings sécurisés, douches et casiers pour les cyclistes.
Pour soutenir spécifiquement les petites et moyennes entreprises, un nouveau dispositif baptisé « PME Bike Coaching » a été lancé. Il permet de guider les employeurs dans l’intégration du vélo comme véritable alternative de mobilité, complétant ainsi l’offre du budget mobilité .

Avantages fiscaux et environnementaux

Le succès grandissant du budget mobilité s’explique également par son cadre fiscal particulièrement avantageux, tant pour l’employeur que pour le travailleur.
Les dépenses effectuées dans le cadre du deuxième pilier (transports durables et logement) sont totalement exonérées de cotisations sociales et d’impôts pour le travailleur. Pour l’employeur, ces frais sont déductibles à 100 % en tant que frais professionnels . Ce traitement fiscal favorable fait du budget mobilité un outil puissant d’optimisation salariale, tout en répondant aux attentes des nouvelles générations de travailleurs, de plus en plus soucieuses de leur empreinte écologique.
Hub intermodal combinant tram, vélos partagés et trottinettes électriques
L’intermodalité en pratique : combiner vélo pliant, transports en commun et mobilité partagée pour un trajet domicile-travail durable (exemple en Flandre).
Sur le plan environnemental, l’impact est direct. En favorisant l’intermodalité et en réduisant l’usage individuel de la voiture thermique, les entreprises contribuent activement à la décarbonation du secteur des transports. Une démarche qui s’aligne sur les objectifs de durabilité et qui renforce la responsabilité sociétale des entreprises (RSE) wallonnes.
La transition vers une mobilité d’entreprise durable est un processus qui s’anticipe et se construit en concertation avec les collaborateurs de la société.