Bornes de recharge et locaux vélos : ce que la directive PEB IV change pour les bâtiments tertiaires wallons

Un parking n’est plus un simple morceau d’asphalte : c’est devenu un poste de la réglementation énergétique. Depuis 2021, la Wallonie impose des points de recharge et du pré-équipement électrique dans les bâtiments liés à plus de dix emplacements de stationnement. La quatrième directive sur la performance énergétique des bâtiments — la directive (UE) 2024/1275, dite PEB IV — abaisse fortement ces seuils, généralise le précâblage à la moitié des places et introduit une nouveauté absente du dispositif wallon actuel : un quota obligatoire d’emplacements pour vélos. Son délai de transposition était fixé au 26 mai 2026. Voici, pour un gestionnaire de bâtiment, ce qui s’applique aujourd’hui, ce qui arrive, et comment s’y préparer sans surinvestir.

Pourquoi le stationnement relève de la performance énergétique

L’intuition n’est pas immédiate : qu’est-ce qu’une borne de recharge vient faire dans un texte consacré à l’énergie des bâtiments ? La réponse tient en deux constats.

Le premier est que la mobilité reste le principal poste d’émissions que la rénovation énergétique ne traite pas. Un immeuble de bureaux peut atteindre un excellent niveau de performance et voir malgré tout la quasi-totalité de ses occupants arriver chaque matin au volant d’une voiture individuelle — une réalité que nous avons chiffrée dans notre article consacré à l’élaboration d’un plan de déplacements d’entreprise en Wallonie.

Le second constat est électrotechnique. Une borne de recharge n’est pas un équipement neutre pour le bâtiment : elle mobilise de la puissance, s’appuie sur le raccordement existant et entre en concurrence avec les autres usages au moment de la pointe. Surtout, le coût réel d’une infrastructure de recharge se joue au moment du gros œuvre, quand il s’agit de passer des gaines et de dimensionner un tableau — pas trois ans plus tard, quand il faut rouvrir des tranchées. C’est précisément la logique du législateur européen : imposer le pré-équipement tant qu’il coûte peu, pour que l’équipement lui-même reste accessible plus tard.

Trois niveaux d’exigence à ne pas confondre

Le vocabulaire réglementaire distingue trois degrés, que la note explicative du SPW Énergie sur les exigences d’électromobilité dans les bâtiments définit précisément :

  • le point de recharge est l’interface électrique qui permet effectivement de recharger un véhicule — la borne, installée et fonctionnelle ;
  • le précâblage signifie que les câbles électriques sont réellement tirés jusqu’à l’emplacement : il ne reste qu’à poser la borne ;
  • l’infrastructure de raccordement, ou gainage, désigne les seuls conduits permettant le passage ultérieur des câbles. C’est le niveau le plus léger, et celui que retient aujourd’hui la réglementation wallonne.

Ces trois niveaux ne se substituent pas l’un à l’autre : les textes les combinent, dans des proportions qui changent selon le type de bâtiment.

Le cadre wallon en vigueur : deux vagues déjà passées

La Wallonie n’a pas attendu PEB IV pour réglementer. Le dispositif actuel repose sur le décret du 17 décembre 2020 modifiant le décret PEB du 28 novembre 2013, complété par l’arrêté du Gouvernement wallon du 11 janvier 2023, et il s’est déployé en deux temps que détaille la page du SPW Énergie consacrée aux exigences PEB et électromobilité applicables à partir du 1er janvier 2026.

Depuis le 11 mars 2021 : le neuf et la rénovation importante

Pour les bâtiments à construire, assimilés à du neuf, ou faisant l’objet de travaux de rénovation importants — c’est-à-dire portant sur au moins un quart de l’enveloppe — dès lors qu’ils sont liés à plus de dix emplacements de stationnement :

  • bâtiments non résidentiels (bureau, commerce, industrie) et logement collectif (maisons de repos, etc.) : une borne de recharge, ainsi que l’infrastructure de raccordement pour un emplacement sur cinq ;
  • logement individuel (maisons, appartements) : l’infrastructure de raccordement pour chaque emplacement, sans borne exigée ;
  • bâtiments mixtes : le régime suit l’affectation dont la somme des surfaces est la plus grande.

Deux modalités méritent l’attention. Si le parking est situé à l’intérieur du bâtiment, les exigences se déclenchent lorsque les travaux concernent le parking ou l’infrastructure électrique du bâtiment. Si le parking jouxte le bâtiment, elles se déclenchent lorsque les travaux concernent le parking ou l’infrastructure électrique de celui-ci.

Depuis le 1er janvier 2025 : le parc non résidentiel existant

C’est la disposition la plus souvent ignorée des gestionnaires, parce qu’aucun événement visible ne la déclenche. Le SPW la qualifie d’exigence temporelle : les bâtiments non résidentiels ou destinés au logement collectif liés à plus de vingt emplacements devaient, en date du 1er janvier 2025, être équipés d’une borne de recharge et de l’infrastructure de raccordement pour un emplacement sur cinq. Ni permis, ni chantier, ni procédure PEB ne sont nécessaires pour que l’obligation soit due. Les logements individuels et les immeubles à appartements ne sont, eux, pas concernés.

Quand un parking « jouxte » le bâtiment

La question revient dans presque tous les dossiers. Le SPW retient trois critères cumulatifs : il existe une connexion physique ou technique entre le parking et le bâtiment ; le parking est utilisé exclusivement ou principalement par les occupants du bâtiment ; et le parking et le bâtiment sont détenus par le même titulaire de droit réel. Un parking public voisin, sans lien technique ni juridique, sort donc du champ.

Un point d’attention pratique, souvent source d’erreur : lorsque plusieurs parkings distincts desservent un même bâtiment, il faut additionner leurs emplacements pour vérifier le franchissement du seuil de dix — ou de vingt pour l’exigence temporelle.

Les exemptions

La note explicative du SPW mentionne trois portes de sortie dans le régime actuel : les bâtiments détenus et occupés par des PME, au sens de la recommandation 2003/361/CE de la Commission ; les cas où le coût des installations de recharge dépasse 7 % du coût total du projet de rénovation importante ; et les micro-réseaux isolés, hypothèse théorique en Wallonie.

Enfin, une précision qui rassure les auteurs d’étude PEB : les consommations de recharge n’entrent pas dans le calcul des indicateurs Ew et Espec du bâtiment. La recharge est un usage du véhicule, pas du bâtiment.

Ce que la directive PEB IV ajoute

La directive (UE) 2024/1275 a été publiée le 8 mai 2024 et est entrée en vigueur le 29 mai 2024, avec un délai de transposition de deux ans, soit jusqu’au 26 mai 2026. Son volet consacré aux infrastructures de mobilité ne se contente pas de resserrer les seuils : il change la nature de l’exigence, en passant d’une logique de « place témoin » à une logique de capacité de déploiement. L’Union des Villes et Communes de Wallonie en a publié une synthèse détaillée à destination des pouvoirs locaux, dont sont tirés les seuils ci-dessous.

Bâtiments non résidentiels neufs ou en rénovation importante

Le seuil de déclenchement descend de dix à plus de cinq emplacements, avec au moins un point de recharge pour cinq emplacements — et, pour les immeubles de bureaux, un point de recharge pour deux emplacements —, un précâblage d’au moins 50 % des places, une infrastructure de raccordement pour les emplacements restants, et des emplacements vélos représentant au minimum 15 % de la capacité moyenne d’utilisateurs du bâtiment ou 10 % de sa capacité totale de stationnement.

Bâtiments résidentiels

Le seuil descend à plus de trois emplacements, avec un précâblage d’au moins 50 % des places, une infrastructure de raccordement pour les autres, au minimum un point de recharge, et au moins deux emplacements vélos par logement.

Le parc non résidentiel existant, puis les bâtiments publics

Au 1er janvier 2027, les bâtiments non résidentiels existants de plus de vingt emplacements devront disposer d’au moins un point de recharge pour dix emplacements, ou d’une infrastructure couvrant 50 % des places, ainsi que du même quota de stationnement vélo. Les bâtiments publics existants disposent d’un horizon plus lointain mais d’une exigence structurelle : un précâblage d’au moins 50 % des emplacements avant le 1er janvier 2033. Pour un patrimoine communal ou provincial, cela signifie qu’il faut intégrer la question dans la programmation pluriannuelle des travaux dès maintenant, plutôt que d’affronter un mur budgétaire en 2032.

Tableau récapitulatif

Catégorie Seuil Points de recharge Pré-équipement Vélos Échéance
Wallonie, régime actuel — non résidentiel, neuf ou rénovation importante > 10 emplacements 1 minimum Gainage 1 emplacement sur 5 Depuis le 11/03/2021
Wallonie, régime actuel — non résidentiel existant > 20 emplacements 1 minimum Gainage 1 emplacement sur 5 Depuis le 01/01/2025
PEB IV — non résidentiel, neuf ou rénovation importante > 5 emplacements 1 pour 5 places ; 1 pour 2 en bureaux Précâblage 50 % + gainage du solde 15 % de la capacité moyenne ou 10 % du total Transposition due au 26/05/2026
PEB IV — résidentiel > 3 emplacements 1 minimum Précâblage 50 % + gainage du solde 2 emplacements par logement Transposition due au 26/05/2026
PEB IV — non résidentiel existant > 20 emplacements 1 pour 10 places ou infrastructure sur 50 % des places 15 % de la capacité moyenne ou 10 % du total 01/01/2027
PEB IV — bâtiments publics existants Précâblage 50 % 01/01/2033

Les deux premières lignes décrivent le droit wallon applicable aujourd’hui ; les suivantes, le niveau d’exigence fixé par la directive, dont les modalités wallonnes précises seront arrêtées par le futur décret.

La vraie nouveauté : le vélo entre dans la PEB

Jusqu’ici, le stationnement vélo relevait en Wallonie de l’urbanisme, des guides de bonnes pratiques et de la politique Wallonie cyclable, qui publie ses recommandations d’aménagement — jamais de la réglementation énergétique. PEB IV change cela : le local vélo devient une exigence PEB au même titre qu’une borne. Pour un maître d’ouvrage, la conséquence est concrète : la surface doit être trouvée au stade de l’esquisse, pas récupérée en fin de chantier dans un recoin de sous-sol.

Local vélo intérieur sécurisé équipé de supports permettant d’attacher le cadre
Un local vélo utile se reconnaît à trois détails : on attache le cadre, on ferme la porte, on recharge sa batterie.

Quelques repères de conception, tirés de la pratique des plans de déplacements :

  • Dimensionner en surface, pas en nombre d’arceaux. Comptez de l’ordre de 1,5 à 2 m² par vélo une fois les circulations prises en compte, davantage pour les vélos cargo et les remorques d’enfants, dont la part progresse rapidement dans les flottes d’entreprise.
  • Sécuriser réellement. Un local fermé, contrôlé par badge, avec des supports permettant d’attacher le cadre — et non seulement la roue — conditionne l’usage bien plus que le nombre de places. Un abri ouvert en façade sert au visiteur ; il ne sert pas au travailleur qui laisse un vélo à 3 000 €.
  • Prévoir la recharge des vélos à assistance électrique. Quelques prises sécurisées suffisent, mais elles doivent être pensées avec le local : la Cellule Mobilité de Wallonie fait le point sur la recharge des VAE en entreprise.
  • Ne pas oublier le second équipement. Douches, vestiaires et casiers déterminent le passage du vélo occasionnel au vélo quotidien, en particulier au-delà de cinq kilomètres.
  • Placer le local mieux que les voitures. Un stationnement vélo situé plus loin de l’entrée que le parking automobile envoie un signal que rien ne rattrapera.

L’incitant financier accompagne d’ailleurs le mouvement : la Cellule Mobilité rappelle, dans son panorama de ce qui change en matière de mobilité en 2026, que l’indemnité vélo atteint désormais 0,37 € par kilomètre, dans la limite de 3 690 € par an.

Où en est la Wallonie ?

La transposition de PEB IV ne se fera pas par retouche : elle suppose un nouveau décret PEB et un nouvel arrêté d’exécution, comme le rappelle l’UVCW dans son focus sur la performance énergétique des bâtiments. Un avant-projet de décret a été élaboré par le Gouvernement wallon et soumis pour avis au Conseil économique, social et environnemental de Wallonie, qui l’a rendu les 11 et 12 septembre 2025. Le texte est ambitieux par son périmètre : l’avis du CESE Wallonie montre qu’il transpose d’un seul mouvement trois directives — PEB IV, la directive Efficacité énergétique (UE) 2023/1791 et la directive Énergies renouvelables RED II/III.

Outre le volet mobilité, l’avant-projet contient un plan wallon de rénovation assorti d’une trajectoire 2030-2035-2040-2045-2050, des normes minimales de performance pour le non-résidentiel, un passeport de rénovation adossé au certificat PEB, des exigences renforcées pour les bâtiments publics et un calendrier d’obligations solaires. Le CESE a par ailleurs alerté sur la complexité administrative de l’ensemble, la nécessaire cohérence avec Bruxelles et la Flandre, le risque de réno-évictions et la disponibilité de main-d’œuvre qualifiée.

À la date de publication de cet article, ce décret n’a pas encore paru au Moniteur belge. Les seuils PEB IV décrits plus haut constituent donc le niveau d’exigence européen à atteindre ; les modalités wallonnes — dérogations, définitions, application aux permis en cours — restent à confirmer par le texte final. Nous mettrons cet article à jour dès sa parution.

Le chantier avance par étapes : ce qui est déjà entré en vigueur

La preuve que la Wallonie transpose par vagues successives se trouve dans l’arrêté du Gouvernement wallon du 5 juin 2025, publié au Moniteur belge du 18 septembre 2025. Depuis le 1er janvier 2026, pour toute demande de permis introduite après le 31 décembre 2025, les bâtiments neufs et assimilés doivent intégrer au minimum 35 % d’énergie renouvelable dans leur consommation annuelle d’énergie primaire — dont au moins 15 % issus de systèmes renouvelables directs pour les bâtiments d’une superficie utile totale supérieure ou égale à 1 000 m². Le même mouvement interdit le mazout et le charbon dans les bâtiments à construire ou reconstruire, sauf dérogation motivée par une impossibilité technique, fonctionnelle ou économique ; l’UVCW détaille les contours de cette double entrée en vigueur.

Un point mérite l’attention des lecteurs de nos articles sur les réseaux de chaleur : la fourniture externe de chaleur efficace figure parmi les solutions admises pour satisfaire l’exigence renouvelable, aux côtés de la pompe à chaleur, du photovoltaïque, du solaire thermique et de la biomasse — le SPW Énergie lui consacre d’ailleurs une rubrique dédiée dans la réglementation PEB. Le raccordement à un réseau de chaleur n’est donc plus seulement une option de décarbonation : c’est devenu une voie de conformité réglementaire.

Anticiper plutôt que subir : la check-list du gestionnaire

Que faire concrètement, aujourd’hui, sans attendre le texte définitif ? Cinq vérifications se justifient dans tous les cas de figure, parce qu’aucune ne dépend de la version finale du décret.

  1. Compter ses emplacements et vérifier sa situation actuelle. Si votre bâtiment est non résidentiel, existant et lié à plus de vingt emplacements — en additionnant les parkings distincts qui le desservent —, l’obligation d’une borne et d’un gainage sur un emplacement sur cinq est déjà exigible depuis le 1er janvier 2025. C’est le premier écart à combler.
  2. Faire le bilan de la puissance disponible. C’est le nœud technique du sujet : passer d’« une borne » à « une borne pour deux places de bureau » change l’ordre de grandeur. Avant d’envisager un renforcement de raccordement, souvent long et coûteux, examinez la gestion intelligente de la charge — limitation dynamique de puissance, priorisation des utilisateurs, report nocturne —, que nous détaillons dans Optimisation de la charge : comment éviter la surcharge au niveau électrique ?
  3. Dimensionner sur l’usage réel, pas sur le maximum réglementaire. Le nombre de travailleurs, la durée moyenne de stationnement et la composition de la flotte donnent un besoin très différent d’un simple ratio appliqué au parking : notre article Combien de bornes de recharge installer dans un bâtiment tertiaire en Wallonie ? propose une méthode de calcul qui évite à la fois le surdimensionnement et le sous-équipement. Sur le choix du matériel lui-même, voyez notre fiche Bornes de recharge pour véhicules électriques.
  4. Trouver la surface vélo maintenant. C’est la contrainte la plus difficile à rattraper après coup dans un bâtiment existant, et la plus facile à intégrer dans un projet neuf.
  5. Raccrocher le tout à une démarche globale. Bornes et local vélo pris isolément produisent des équipements ; intégrés dans un plan de déplacements d’entreprise, ils produisent un report modal mesurable, avec un diagnostic des trajets réels et des indicateurs de suivi.

Ce qu’il faut retenir

La réglementation wallonne de l’électromobilité dans les bâtiments est entrée dans sa troisième phase. La première, en 2021, visait le neuf et la rénovation lourde. La deuxième, en 2025, a discrètement étendu l’obligation à un large parc non résidentiel existant — beaucoup de gestionnaires l’ignorent encore. La troisième, portée par PEB IV, abaisse le seuil à cinq emplacements, exige le précâblage de la moitié des places, impose jusqu’à un point de recharge pour deux places de bureau et fait entrer le stationnement vélo dans le champ de la performance énergétique des bâtiments.

Pour un responsable énergie, le message pratique tient en une phrase : l’infrastructure se décide au moment du chantier, pas au moment du besoin. Un mètre de gaine posé aujourd’hui coûte quelques euros ; le même mètre posé dans cinq ans coûte une tranchée, un arrêt d’exploitation et une négociation avec la copropriété. C’est exactement la logique qui a présidé, il y a vingt ans, à l’isolation par l’extérieur et aux attentes de ventilation : anticiper le pré-équipement là où il pèse encore peu dans le budget.

Article rédigé en août 2026. Le décret wallon de transposition de la directive PEB IV n’ayant pas encore paru au Moniteur belge à cette date, les modalités d’application wallonnes seront précisées lors de sa publication.