Sommaire
Introduction
Les récents bouleversements géopolitiques, marqués notamment par l’invasion russe de l’Ukraine et les tensions au Moyen-Orient, ont mis en lumière la fragilité des chaînes d’approvisionnement énergétique mondiales. Face à ces défis, la souveraineté énergétique est devenue une priorité absolue pour l’Union européenne. Dans ce contexte, le développement des énergies renouvelables ne répond plus seulement à un impératif climatique, mais s’impose comme une nécessité stratégique pour garantir l’indépendance et la résilience du continent.
Cette dynamique de transition, redessine la carte énergétique de l’Europe. Si les disparités entre les États membres restent importantes, la trajectoire globale pointe vers une électrification massive et décarbonée, dans laquelle la Belgique joue un rôle de plus en plus significatif.
L’interdépendance énergétique : une vulnérabilité géopolitique
Le contrôle des ressources énergétiques demeure un enjeu géopolitique majeur. La Russie, malgré les sanctions, reste l’un des principaux exportateurs mondiaux d’hydrocarbures. Parallèlement, les pays riverains du Golfe persique contrôlent à eux seuls 25 % des exportations mondiales de pétrole et 19 % de celles de gaz naturel.
Les conflits récents ont cruellement rappelé aux pays importateurs leur niveau de dépendance. En 2022, les pays européens ont dû se sevrer, souvent dans la douleur, des hydrocarbures russes. Plus récemment, les tensions impliquant l’Iran et les menaces de blocage du détroit d’Ormuz ont provoqué des ruptures d’approvisionnement jusqu’en Asie du Sud-Est, illustrant l’interconnexion des marchés mondiaux.
Face à cette vulnérabilité, la souveraineté énergétique s’impose comme la seule réponse viable. Pour les pays dépourvus de ressources fossiles, cette quête d’autonomie passe inévitablement par le développement massif des énergies renouvelables, qui présentent le double avantage de sécuriser l’approvisionnement local tout en réduisant drastiquement les émissions de gaz à effet de serre.
L’Union européenne accélère sa transition vers les renouvelables
L’Union européenne a fait le pari des énergies vertes pour assurer son avenir énergétique et atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Les résultats de cette politique volontariste sont de plus en plus tangibles. En 2024, l’Union européenne produit 43 % de l’énergie qu’elle consomme.
Dans le secteur spécifique de l’électricité, les progrès sont spectaculaires. Selon les données d’Eurostat, les sources d’énergie renouvelable ont représenté près de la moitié (47,5 %) de la consommation brute d’électricité dans l’Union européenne en 2024. Cette part a presque triplé depuis 2004, où elle ne s’élevait qu’à 15,9 %.
Le mix électrique renouvelable européen s’appuie principalement sur deux piliers historiques, complétés par la montée en puissance rapide du solaire :
|
Source d’énergie renouvelable
|
Part dans la production d’électricité renouvelable de l’UE (2024)
|
|
Énergie éolienne
|
38,0 %
|
|
Énergie hydraulique
|
26,4 %
|
|
Énergie solaire
|
23,4 %
|
|
Biocarburants solides et autres
|
12,2 %
|
Source : Eurostat
Toutefois, cette moyenne européenne masque de profondes disparités entre les États membres. Certains pays font figure de pionniers, comme l’Autriche (90,1 % d’électricité renouvelable, principalement hydraulique), la Suède (88,1 %) ou le Danemark (79,7 %). Le modèle danois est particulièrement remarquable : idéalement situé entre la mer Baltique et la mer du Nord, le pays exploite un potentiel éolien exceptionnel qui assure à lui seul 58 % de sa production électrique. À l’inverse, des pays comme Malte (10,7 %) ou la Tchéquie (17,9 %) accusent un retard significatif dans le déploiement de leurs capacités renouvelables .
Le nucléaire : un pilier bas carbone controversé mais stratégique
Bien qu’il ne soit pas classé parmi les énergies renouvelables, l’énergie nucléaire joue un rôle crucial dans la stratégie de décarbonation et de souveraineté énergétique de plusieurs pays européens. En 2024, le nucléaire représente environ 23 % de la production énergétique globale de l’Union européenne.
Douze États membres intègrent l’atome dans leur mix électrique. Pour des pays comme la France ou la Slovaquie, cette technologie assure jusqu’à 60 % de la production d’électricité. Malgré les débats persistants liés à la gestion des déchets et aux risques d’accidents, mis en exergue par les catastrophes de Tchernobyl et Fukushima, le nucléaire conserve un atout majeur : il fournit une électricité pilotable, abondante et très faiblement émettrice de carbone, complétant ainsi la production intermittente des énergies renouvelables.
Le cas de la Belgique : un mix électrique de plus en plus vert
La Belgique s’inscrit pleinement dans cette dynamique européenne de transition énergétique. En 2024, le pays a franchi des étapes importantes dans le verdissement de son mix électrique, tout en maintenant une forte dépendance aux importations.
Selon les données de la Fédération Belge des Entreprises Électriques et Gazières (FEBEG) et du Forum Nucléaire, la production nette d’électricité en Belgique s’est établie à 72,8 TWh en 2024. Le mix électrique belge se caractérise par une part croissante d’énergies décarbonées, qui ont représenté 72 % de la production totale l’année dernière.
L’énergie nucléaire demeure la principale source d’électricité domestique, fournissant 42,2 % du mix (29,5 TWh), grâce à un taux de disponibilité très élevé des réacteurs (86 %). Parallèlement, les énergies renouvelables ont atteint un niveau record, couvrant près de 30 % (29,8 %) de la production électrique belge, contre 28,2 % en 2023.
La répartition de la production renouvelable en Belgique souligne l’importance de l’éolien et la croissance rapide du solaire :
|
Technologie renouvelable
|
Part dans le mix électrique belge (2024)
|
|
Éolien offshore (en mer)
|
10,0 %
|
|
Éolien onshore (terrestre)
|
7,9 %
|
|
Énergie solaire
|
11,9 %
|
Source : Forum Nucléaire / Elia
Il est particulièrement notable que la capacité installée d’énergie solaire a connu une forte augmentation en 2024, atteignant 10,6 GW (+23 % par rapport à 2023). Au total, la capacité installée d’énergies renouvelables en Belgique dépasse désormais les 18 GW, représentant plus de la moitié de la capacité totale de production d’électricité du pays.
Cependant, la Belgique reste structurellement dépendante des importations pour satisfaire sa consommation totale (80,5 TWh en 2024). L’année dernière, 13 % de l’électricité consommée a été importée, principalement depuis la France (électricité d’origine nucléaire) et les Pays-Bas. Cette situation a néanmoins eu un effet positif sur les émissions de CO2 : la part du gaz fossile dans le mix électrique belge est tombée à un niveau historiquement bas de 17,6 %, les centrales à gaz ayant été moins sollicitées face à l’afflux d’électricité importée moins chère.
Conclusion : vers une autonomie énergétique durable
La transition vers un système énergétique décarboné n’est plus seulement une réponse à l’urgence climatique ; elle constitue le socle de la souveraineté économique et politique de l’Europe. La réduction de la dépendance aux hydrocarbures importés est un impératif stratégique.
Pour la Belgique, le défi des prochaines années consistera à poursuivre le déploiement massif des capacités renouvelables, en particulier l’éolien offshore et le solaire, tout en gérant la transition de son parc nucléaire. L’électrification croissante des usages, notamment dans le secteur du bâtiment tertiaire et de la mobilité, exigera non seulement de produire davantage d’électricité verte, mais aussi d’optimiser la consommation et de développer des solutions de stockage et de flexibilité. Le bâtiment de demain ne sera plus un simple consommateur, mais un acteur central de ce nouveau paradigme énergétique.